Publié le mardi 24 février 2009

Entrevue avec Amir Khadir

24 02 2009

Entrevue avec Amir Khadir
du journal Résistance !

mardi 24 février 2009, par Benoît Renaud

"Le parlement n’est pas un but en soi mais un levier. Par exemple, le gouvernement Charest avec l’appui unanime de l’Assemblée nationale a obtenu du fédéral certaines améliorations à l’assurance-emploi et d’autres concessions dans le dernier budget fédéral. C’est Québec solidaire, par le biais de ma présence à l’Assemblée, qui avait insisté pour inclure l’AE dans la liste de demandes du Québec. "

R ! - Comment interprètes-tu ton élection historique dans le comté de Mercier le 8 décembre dernier ?

AK – C’est d’abord le fruit d’une longue accumulation politique qui s’inscrit dans une détermination de la gauche depuis une dizaine d’années pour faire un travail terrain autant que sur le plan des idées. On se rappelle que la gauche a tenté à quelques reprises de percer sur la scène électorale. Mais l’essentielle du travail se concentrait sur les débats d’idées et de programme. Nous avons en revanche mené un travail de terrain depuis environ 10 ans, en partant du PDS en 1998 qui avait fait une campagne importante dans Mercier notamment, l’arrivée du RAP, puis Cliche en 2001, coïncidant avec l’apogée des conquêtes du mouvement social qui s’était exprimée par les formidables mobilisations de la Marche mondiale des femmes, le Sommets des peuples et les mobilisations anti-guerre. L’origine de cette victoire tient aussi à la sociologie particulière de ce comté dont l’électorat est fier de son statut de contestataire, ouvert à la différence. Rappelons que c’est ce comté qui en 1976 avait élu un poète pour chasser le premier ministre de l’époque ! C’est encore Mercier, qui avait donné une leçon au PQ en 2001. Il y avait donc un bon alignement des planètes sur le plan du travail terrain de la gauche dans un comté qui se trouve être le premier terrain de sympathie pour la gauche, un électorat à forte composition de jeunes et de femmes- chez qui nous avons de l’influence- et de gens plus éduqués mais pas assez nantis pour être tenté par le conformisme politique.

R ! - Quelle est ton évaluation de la situation politique québécoise au lendemain de cette élection ?

AK – J’ai l’intime conviction que nous sommes dans une phase de mutation, le calme avant la tempête. Il faut reconnaître que l’équipe libérale de Charest jouit d’une embellie due en bonne partie à la participation paritaire des femmes au conseil des ministres, et par l’abandon, au moins au niveau du langage public, de ses pires relents néolibéraux (réingénierie de l’état, privatisation des services publics, etc.).

Mais on sent aussi une extrême volatilité de l’opinion publique qui explique les expériences de mars 2007 puis de décembre 2008, avec la montée spectaculaire de l’ADQ puis son passage à vide.

La population n’est pas simplement insatisfaite de certains partis mais de l’ensemble de la classe politique ; une opportunité à saisir pour QS de reprendre l’initiative et sortir des à priori politiques notamment par rapport au PQ, pour développer une gauche forte, qui serait utile à une gauche sociale déjà forte pour imposer son agenda politique au cœur du pouvoir. Dans l’immédiat, la gauche politique demeure faible, nous sommes sortis de la marginalité mais, comme on dit, on a des croutes à manger. La crise économique va faire réfléchir beaucoup de gens. À nous d’être le plus clair et le plus pertinent dans nos propositions. Il y a une véritable ouverture politique, dont témoigne le recul profond de l’ADQ, qui n’est pas qu’un phénomène passager. Certains de ses supporteurs, comme les animateurs de radio-poubelles de la région de Québec, le sentent bien et sont fou de rage contre nous.

R ! - L’ADQ est-elle sur le point de disparaître ?

AK - Disparaitre complètement non, mais l’ADQ va se retrancher dans sa place historique comme représentant de secteurs traditionnels dans un bataille d’arrière-garde sur le plan des acquis sociaux, comme l’avortement et la place des femmes. Il y a de ça au Québec.

Aussi, il y a des gens qui ont appuyé l’ADQ par rejet des partis traditionnels mais qui se rendent compte maintenant que ce parti n’est pas pour eux. L’ADQ bénéficie toujours d’un soutien dans certains milieux économiques influents comme l’Institut économique de Montréal (IEDM) dont l’ancien président, maintenant président du Conseil du Patronat du Québec, considère se présenter à la chefferie.

Mais sur le plan électoral, l’ADQ va rester dans une situation difficile pour une longue période. La question est si Québec solidaire peut représenter une nouvelle alternative et remplir le vide laissé par l’ADQ.

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